Les trois grottes (66) – … et un photographe


Pour finir les Pyrénées, deux grottes dans lesquelles je suis déjà allé : aujourd’hui les trois grottes de Villefranche-de-Conflent et demain la rivière de Labouiche. A cette dernière, je n’ai pas pu entrer dans la grotte au mois d’avril à cause d’une crue. Pour Villefranche, tout allait bien le 13 mai, départ 5h, arrivée 9h, vue sur le Canigou… jusqu’à ce que je réalise que j’avais oublié le sac de matos photo à la maison. Oui oui, je sais… Ce matin, pour un RV à 9h, je reprends donc la route à 5h. Ganties, Foix, Tarascon, Ax-les-Thermes, col de Puymorens car le tunnel est (toujours) fermé, Saillagouse, Mont-Louis, Villefranche : très long. Oui mais très beau. Oui mais très long… Bref, 9h pétantes j’y suis, vue sur le Canigou et cette fois-ci tout mon attirail. Je retrouve Betty Delonca qui, avec sa sœur Corinne et suite au décès de leur père Edmond, a récemment repris la gestion de la grotte des grandes Canalettes. La transition est brutale et douloureuse et pourtant, comme la première fois, je suis très chaleureusement reçu.

La journée va être très intense car j’ai trois sites à voir : la grotte des grandes Canalettes, qui est ouverte toute l’année et en visites libres ou guidées, la grotte voisine des Canalettes, uniquement ouverte l’été et en visites guidées et enfin la Cova Bastera, distante de quelques centaines de mètres, classée au patrimoine mondial pour les fortifications dessinées par Vauban. Le tout devant être bouclé pour 17h, heure de fermeture des sites.

Je commence par la grotte des Canalettes. Il n’y a pas de guide, mais les explications sous forme de panneaux sont nombreuses, un vrai paradis pour les amateurs de géologie. En 1982, Edmond Delonca, spéléologue découvre la fin de la grotte avec Henri Salvayre, hydrogéologue, dans l’immense réseau de Fuilla-Canalette, qui compte plus de 26 kilomètres de galeries. La grotte des Canalettes voisine est déjà ouverte depuis 1954, mais c’est ici que vont se concentrer tous les efforts pour les années suivantes. Deux ans après la découverte de la salle blanche et au prix d’une désobstruction titanesque de l’entrée, le réseau est ouvert au public. Après un passage par une petite exposition de minéraux, une exposition sur l’eau et de nombreux panneaux expliquant la formation de la grotte, on rentre dans le couloir des cupules, qui a été entièrement vidé de ses sédiments. Ce couloir « des cupules » permet de rentrer en contact avec le très beau marbre rose de Villefranche (Dévonien) creusé de coups de gouges. Un petit escalier mène à la salle blanche, ainsi nommée pour ses concrétions actives et immaculées, puis on monte au balcon pour redescendre au lac des atolls (choux fleurs de calcite). Au dessus, une passerelle, que l’on empruntera au retour, est aménagée dans les hauteurs de la très belle galerie : c’est le plafond des excentriques. Puis vers le fond, c’est le « tombeau de Martel », concrétion massive nommée en hommage au fondateur de la spéléologie française, la grande salle du temple d’Angkor, l’auditorium où sont régulièrement donnés des concerts lyriques et où fonctionne un spectacle son et lumière, puis pour finir une vue sur le gouffre par lequel la grotte se prolonge sur des kilomètres. Là, le visiteur a parcouru 500 mètres.

Du point de vue karstologique, la grotte offre un mélange parfait entre grandeur et finesse des détails qui peuvent être regardés à toutes les échelles. Un carottage a été réalisé dans le “tombeau de Martel”, qui a permis de lui attribuer un âge de plus de 350 000 ans et de reconstituer l’évolution des climats dans la région depuis cette période. A part quelques explications qui mériteraient d’être rafraîchies (on sait maintenant que les couleurs des concrétions sont dues aux apports en matière organique), l’ensemble est d’une qualité remarquable et très didactique. Je cours dans ces gigantesques galeries pour réaliser quelques photos représentatives, puis vers 14h je suis dehors. Juste à temps pour sprinter à Cova Bastera…

Là, je suis reçu par le propriétaire des lieux, Bernard Castillo. La grotte a donc été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO pour les fortifications qu’y a conçues Vauban. Effectivement cela vaut le détour, le mélange entre les formes naturelles et artificielles est très beau. Sinon les galeries sont vastes, sans concrétions. une mise en scène assez ancienne présente un « dinoparc » et des reconstitutions de scènes avec des hommes préhistoriques. L’ensemble est relativement vieillissant et pour la partie dinosaures en décalage avec le site (roche plus ancienne que leur période de vie et milieu souterrain où bien sûr ils n’ont pas vécu). Il n’y a évidemment pas de leçons à donner aux professionnels du tourisme qui font au mieux en fonction de leur clientèle, néanmoins le site semble suffisamment riche pour se concentrer sur ses atouts propres. D’autant que des traces de peintures préhistoriques, qui ne sont pas présentées aux visiteurs, ont été découvertes ici. Bon, pas le temps de disserter, il est 17h, photos faites et il me reste une heure pour la dernière grotte… Retour aux Canalettes, où cette fois je pars avec François Martinez, responsable sécurité du site et spéléologue. Il m’emmène au fond puis me laisse pour les photos. Même si le réseau n’est pas très grand, une heure est évidemment trop courte pour le visiter et photographier proprement. Creusée dans les même marbres que sa grande voisine, la grotte est de dimensions plus modestes. Ce qui me permet de m’approcher plus près et de travailler quelques détails en macro que je n’ai pas eu la possibilité de faire dans la grande grotte. Je m’attarde aussi sur de beaux galets de granite, qui ont été transportés dans la grotte et qui sont pris dans une gangue de calcite. Ils témoignent de la proximité des massifs cristallins sur lesquels les rivières prennent leur source. Arrivées au contact granite/calcaire, les eaux sont très acides et creusent la seconde roche. C’est la configuration classique du karst de contact. Je dois malheureusement faire très vite et ressors presque à l’heure.

Juste le temps de remercier encore mes hôtes pour cette journée, je remonte en voiture pour Mont-Louis, Saillagouse etc… Demain c’est la rivière de Labouiche pour boucler les grottes du sud, puis enfin une vraie pause. Le photographe et le matériel n’en seront pas fâchés…

La grotte des grandes Canalettes

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Grandes Canalettes, Pyrénées orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France


Cova Bastera

Grotte de Cova Bastera, Pyrénées-Orientales, France

Grotte de Cova Bastera, Pyrénées-Orientales, France

Grotte de Cova Bastera, Pyrénées-Orientales, France

Grotte de Cova Bastera, Pyrénées-Orientales, France

Et la grotte des Canalettes

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

Grotte des Canalettes, Pyrénées-Orientales, France

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Une réaction à Les trois grottes (66) – … et un photographe

  1. desgrippes B. a écrit:

    Superbe site! Merci pour toutes ces photos et infos.

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