La grotte de Domme (24) – « Quand il y a une rivière, il n’y a pas de grotte »


Début d’après-midi au camping du Garrit, il fait un temps magnifique et je me dépêche d’écrire le blog pour pouvoir profiter du soleil avec H et E que je suis allé chercher hier. Ce matin j’ai visité la grotte de Domme en solitaire car le RV de 9h30 avait été oublié et personne ne pouvait venir avec moi sous terre. Toujours très sympa de partir seul avec le trousseau de clefs. L’entrée de la grotte se situe sous l’office du tourisme, en plein centre ville. Après un parcours de 450m, la sortie s’effectue à flanc de falaise, avec une vue somptueuse sur la vallée de la Dordogne. Entre temps, si la grotte n’est pas la plus spectaculaire de ce tour de France, elle offre des vues très pédagoiques sur le creusement d’une galerie par une rivière avec des marmites d’érosion au plafond, les traditionnels coups de gouge qui ici montrent un écoulement vers la Dordogne, de très beaux remplissages sableux et argileux et plusieurs phases de concrétionnement qui se développent sur ces remplissages. Visiblement la grotte a été visitée depuis longtemps et de nombreuses concrétions ont été abimées. Les aménagements ont consisté en partie à creuser dans les remplissages pour permettre de passer en position verticale, quelques passages restent tout de même assez bas. Grand luxe, à la sortie, un ascenseur avec vue panoramique vous ramène au niveau du village. Dans la foulée, je réalise les images, avant de remonter à l’office du tourisme.

Là je rencontre le responsable du site, Monsieur L. avec qui j’avais été en contact. Je lui demande s’il a connaissance d’études ou de rapports, qui donneraient des informations sur les périodes de creusement par la rivière et les remplissages. Du fait d’un déménagement récent, il n’a pas de documents disponibles. Mais de toute façon, me dit-il, « il n’y a pas de rivière.
– pardon ?
– Il n’y a pas de rivière. Quand il y a une rivière, il n’y a pas de grotte.
– … mais, mais, comment a-t-elle été creusée, cette galerie ?
– l’eau stagne. Pour creuser, il faut que l’eau stagne, sinon elle n’a pas le temps. Vous voyez, c’est comme une bulle qui se creuse de l’intérieur.
– Mais où avez vous appris ça ? Est-ce que c’est ce que vous dites aux visiteurs ?
– Oui. C’est le CNRS qui le dit. J’ai fait le stage de formation de l’ANECAT où, durant une semaine, la dame nous a appris ça.
Scratch, scratch (ça c’est le bruit de ma main sur mon crâne: comment lui dire qu’il a dû rater une partie des explications) – Mais vous avez des traces de courant partout, une galerie, des coups de gouge, des marmites au plafond, des remplissages de sable. C’est très pédagogique.
– Il n’y a pas de sable, ce n’est que de l’argile qui reste après la dissolution de la roche. Et puis pour les cupules, la dame nous a dit que c’est de l’eau très acide qui stagne, qui creuse, puis qui diffuse comme dans une éponge. Si cela se poursuit assez longtemps, vous formez les cupules.
– Mais on voit les coups de gouge se former dans les grottes actives. Ces critères sont couramment utilisés pour connaître les sens d’écoulement de l’eau dans les grottes fossiles.
– Moi c’est ce que j’ai appris, si vous savez mieux que le CNRS… »

Bon, comme il doit partir déjeuner, je n’ai pas le temps de redescendre avec lui pour lui montrer les très beaux lits de sable, coups de gouge, etc. Et puis je ne suis même pas sûr que cela le convaincrait puisque « le CNRS a dit ». Donc seulement pour le public qui ne visiterait que la grotte de Domme dans sa vie (ce serait dommage), il y a depuis maintenant presque cinq siècles (cf. la grotte d’Osselle) un consensus de la communauté scientifique pour dire que pour creuser une grotte, il faut :
– du calcaire, roche soluble sous l’action de l’eau de pluie ;
– de la pluie ;
– des fissures dans la roche, ce qui permet à l’eau de s’infiltrer ;
– du relief pour qu’une fois infiltrée, l’eau « veuille » s’enfoncer ;
– du temps parce que cela ne prend pas une heure de faire une grotte.
Petit à petit, l’eau élargit les fissures en « rongeant » le calcaire, puis quand celles-ci sont plus larges et que l’eau circule plus vite, le creusement se poursuit par dissolution et érosion mécanique. Petite rivière, petite galerie, grande rivière, grande galerie et… pas de rivière, pas de galerie, pas de grotte.

Sur le chemin du retour, je mûris ce dialogue, ce post, avec l’idée d’exploiter cette rencontre pour donner quelques explications sur la formation des grottes. Mais sans être condescendant avec les personnels de Domme. Hmm, je ne sais pas si j’ai réussi, veuillez me pardonner, Monsieur, c’est pour la bonne cause. Promis, quand vous actualisez votre discours, je mets cet article à jour.

En arrivant au mobile home, je retrouve dans ma poche les clefs de la grotte…

Grotte de Domme, Dordogne, france

Grotte de Domme, Dordogne, france

Grotte de Domme, Dordogne, france

Grotte de Domme, Dordogne, france

Grotte de Domme, Dordogne, france

Grotte de Domme, Dordogne, france

Grotte de Domme, Dordogne, france

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Une réaction à La grotte de Domme (24) – « Quand il y a une rivière, il n’y a pas de grotte »

  1. Collée a écrit:

    J’ai moi aussi fait le stage de l’ANECAT au CNRS du Moulis pendant une semaine nous sommes en compagnie d’Alain Mangin, hydrogéologue. Nous avons eu plusieurs cours avec différents intervenants tous professeurs de différentes universités. C’est une formation de très grande qualité donc en aucun cas il n’a été dit que l’eau stagnante forme les grottes comme une bulle qui se creuse de l’intérieur ?!?! M. L. il faut peut-être arrêter les bulles 😀

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