La grotte de Pair-non-Pair (33) – « Je vais demander à mon responsable »


C’est donc dans un monument national que j’ai rendez-vous ce matin. L’une des deux grottes de Gironde est située à une grosse heure de ma chambre et comme prévu sur mon planning j’y arrive à 9h30. J’arrive ici avec un sentiment mitigé : content de visiter un site nouveau, impatient de voir les gravures préhistoriques et en même temps presque l’envie de ne pas aimer. Parce que je fais une fixation sur les Monuments Nationaux. Pas avec le personnel qui travaille sur place, avec eux cela se passe toujours bien, avec l’administration avec laquelle après plusieurs semaines de contacts je n’ai pas réussi à m’entendre pour faire des photos. Je n’ai rien contre l’administration mais que pour la réalisation d’un guide de visite des sites qui leur fera de la publicité, après maints courriers et encore plus d’appels téléphoniques, je ne me sois fait proposer que des demi-journées de prises de vues à 400€ (et encore, même en payant, leur organisation était un parcours du combattant) ou l’achat d’images dans une banque de photos qui ne correspondent pas à ce que je recherche, tout en recevant des Emails (envoyés en copie à 10 personnes) de chefs de service outrés que je ne trouve pas mon bonheur dans leur banque de photos, j’en ai ras le casque des Monuments Nationaux. J’abandonne. Et donc, pour simplifier le problème iconographique, cela m’arrangerait presque que le site ne vaille pas la peine.

Après avoir photographié le beau panneau d’entrée sur lequel figure une photo d’une gravure (ce sera toujours ça), j’arrive à l’accueil. La jeune fille qui est là me dit que la visite ne sera qu’à 10h. Bon, pas de problème, la lumière est bonne et la météo entendue à la radio sur la route annonce que le ciel va nous tomber sur la tête dans les prochaines heures, je vais aller faire des photos de l’entrée. Ce sera toujours (re)ça de pris. J’expose mon projet.
« Je préfèrerais voir avec ma collègue qui n’est pas encore arrivée.
– Mais la lumière est bonne, ça ne va pas durer et c’est à l’extérieur. Je vous répète que c’est pour un guide et que je ne vous demande pas d’aller photographier dans la grotte.
– Je vais demander à mon responsable… Euh, il est en ligne, excusez-moi.
– … rrrrsssspfff.
– Ah, voilà ma collègue qui arrive. Fred, c’est le Monsieur de Ouest-France qui demande s’il peut aller faire des photos de l’entrée de la grotte.
– Mais bien sûr, attendez je vous conduis. »

Je fais mes images puis remonte à la boutique. Fred (Frédérique Lardier) est prête pour m’emmener sous terre. Nous entrons. La grotte est peu profonde, une quinzaine de mètres. Elle a été occupée durant 60000 ans par Neandertal, sapiens à différentes époques , fin XIXè par Daleau, archéologue qui fouille ici pendant plus de trente ans puis enfin les Monuments nationaux. En fouillant et évacuant les centaines de mètres cubes de sédiments qui comblaient la grotte, Daleau a découvert près de 15000 pièces d’industrie lithique et osseuses et surtout les gravures. Qui (malheureusement pour moi et heureusement pour le reste de l’humanité) sont très belles. Impossible de passer à côté de ce site. Les animaux (bouquetins, bisons, chevaux, mammouths, cerfs, mégacéros) sont magnifiques et émouvants. Souvent ils sont placés face à face en tableau, comme ce cerf en face de la biche. Un cheval à tête retournée placé de ¾ est particulièrement spectaculaire. Spectaculaire aussi car juste au-dessus se trouve un autre cheval dans la même position et moins abouti, dont l’encolure coïncide avec une anfractuosité naturelle. On peut imaginer que celui du haut serait un « brouillon » qui a conduit à la réalisation de celui du dessous, parfaitement réussi. Très bien marquées, ces gravures sont attribuées à l’Aurignacien, autour de –30 000 ans. Après une heure passionnante dans la grotte, il est temps de sortir. Je passe un peu de temps dans le petit espace muséographique pour faire quelques images alternatives et parcourir la monographie qui a été éditée sur le site. Puis à midi je suis dehors. Un peu surpris d’avoir un après midi pour moi, cela faisait longtemps. Bon, sous la pluie, rien n’est parfait. Je fais donc un tour par Saint-Emilion, que je fuis tant c’est plein de monde, je rappelle ceux qui ont cherché à me joindre au cours des derniers jours, discute avec mes hôtes anglais qui ont ouvert leur chambre d’hôtes en arrivant ici il y a deux mois, et dors quelques minutes avant d’écrire ces lignes. Demain, je vais à la grotte Célestine puis chez F, une amie avec qui j’ai travaillé en Normandie et qui a déménagé dans le Lot-et-Garonne.

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2 réactions à La grotte de Pair-non-Pair (33) – « Je vais demander à mon responsable »

  1. desgrippes bernard a écrit:

    Evidemment, l’on reste sur notre faim. A propos des Monuments Nationaux et des musées aussi, beaucoup n’ont même pas une bonne photo des pièces et tableaux qu’ils possèdent. J’en ai fait l’expérience il n’y a pas très longtemps pour un livre.
    Continue, tu nous intéresses!

  2. Laurent a écrit:

    Et toc, bien dit Damien !

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