La grotte de Foissac (12) – Et l’homme créa la carie


Comme annoncé dans mon post sur Lacave, pour des raisons personnelles je n’ai pas pu écrire cet article le jour de la visite de Foissac et le fais donc en différé. C’était une grosse journée, intégrant donc Foissac, un repérage à Pech-Merle, puis le soir un voyage vers la Normandie.

J’ai été reçu à Foissac par Sébastien Dufayet, gérant de la SARL qui exploite le site. Son père a réalisé de nombreuses recherches dans la grotte depuis sa découverte en 1965 et Sébastien est littéralement imprégné de ce site et de son incroyable richesse. Car autant le dire tout de suite, si Foissac est mal connue du public, probablement car elle est un peu à l’écart des grands sites touristiques, c’est une grotte qui encore une fois doit absolument être visitée. La richesse de ce qui peut être vu ici est littéralement muséographique. Et tout est en place. Un véritable plongeon dans le Néolithique. Le site a été scellé par l’effondrement du porche d’entrée, il y a environ 5000 ans. Cet effondrement a pu être provoqué par un séisme ou par l’incendie qui a ravagé la grotte, j’y reviendrai.

C’est donc maintenant par une autre entrée, artificielle, que l’accès s’effectue. La grotte est belle, vaste et richement concrétionnée. De nombreuses phases de remplissages de sédiments et de vidanges se sont succédées, qui là encore illustrent la puissance et la patience de la nature. Mais le dernier remplissage, argileux et pour une partie encore en place, est celui qui va donner un incroyable intérêt archéologique au site.
– Cette argile malléable va d’abord parfaitement conserver les traces de ceux qui ont circulé ici et plusieurs empreintes de pied sont visibles, qui peuvent même être analysées de manière dynamique : « ici, un enfant a glissé, a tenté de se rattraper à cette concrétion ». Surélevées sur les côtés du lit de la rivière (ah oui, il y a aussi une rivière…), les banquettes argileuses ont surtout conservé des empreintes de pieds nus d’enfants. Les adultes devaient progresser en contrebas.
– Ensuite cette argile a été extraite en grande quantité, pour la confection de poteries, de torchis.

On estime à 500 m3 la quantité d’argile sortie de cette véritable carrière souterraine. Et ce qui est incroyable est que tout est resté dans l’état d’abandon. Jusqu’à cet émouvant os d’auroch, outil rudimentaire fiché dans l’argile. Ici aussi, ce sont des traces d’enfants qui sont restées marquées au sol. L’hypothèse est de dire que les enfants travaillaient sur le front d’extraction tandis que les adultes portaient l’argile jusqu’à la sortie de la grotte. Le cheminement vers la sortie avait été aménagé avec des passerelles construites par clayonnage en cornouiller et en noisetier, badigeonnées de torchis. Mais ces passerelles ne servaient pas qu’à la carrière. La grotte a servi à la fois d’abris pour les animaux (brebis, traces de sabots dans l’argile), d’espace de stockage de nourriture et de sépultures. La nourriture était entreposée dans des pots en poterie suspendus, que l’on retrouve sur place au sol. Ils contenaient des céréales torréfiées ou de la viande (bovin, cochon, mouton) conservée dans la graisse.

Les sépultures visibles sont au nombre de quatre. L’effet est saisissant car les squelettes sont posés à même le sol, dans leur position initiale, parfaitement conservés. Une dame âgée (ostéoporose, arthrose) de 1,45m porte les traces de soins dentaires (dents arrachées de son vivant). En effet, avec l’apparition de l’agriculture, les hommes du Néolithique changent de régime alimentaire et les sucres contenus dans les céréales provoquent l’apparition des caries. Arthur, quant à lui, un homme de 30 ans et de 1,65 ans, a été déposé en position fœtale et porte des traces d’ocre. Si son décès est attribué à une grosse infection dentaire ayant laissé des traces sur les mâchoires, Arthur n’a pas eu la vie facile: la radio de son crâne a révélé un traumatisme étoilé sur son front, suturé.

Est-ce que cette blessure correspond à un acte violent ? Personne ne peut l’affirmer mais la grotte porte les traces de cette violence, avec notamment un grand incendie (roches rubéfiées, charbons) qui a détruit toutes les passerelles alors que les brebis avaient été mises à l’abri. Les passerelles se sont effondrées et beaucoup d’animaux ont péri. L’argile a aussi conservé la trace d’une pointe de flèche fichée dans le sol. Là encore, rien ne peut être affirmé, mais si une scène de guerre avait eu lieu ici, ce sont les traces que l’on retrouverait. Dans tous les cas, cette catastrophe va coïncider avec la fin de l’utilisation du site. Avec la sédentarisation, la propriété, l’enrichissement, apparaît aussi la guerre. C’est ainsi que le Néolithique est connu pour être une période violente. Dans le monde des grottes touristiques, Foissac constitue le chaînon qui me manquait entre les nomades chasseurs-cueilleurs et la civilisation moderne.

Pour finir, un petit musée en surface montre, entre autres, que dans un secteur reculé de la grotte et inaccessible au public, en 2006 ont été découvertes des peintures rupestres. Regorgeant de préhistoire, Foissac est largement sous cotée dans le monde des grottes préhistoriques ouvertes au public. Merci beaucoup, Sébastien, pour ton accueil. Ici aussi j’espère revenir un de ces jours avec plus de temps.


(photo d’une photo de Sébstien Dufayet)

Avec mots-clefs , , , , , .Lien pour marque-pages : permalien.

4 réactions à La grotte de Foissac (12) – Et l’homme créa la carie

  1. desgrippes bernard a écrit:

    Grotte exceptionnelle par la richesse de son « mobilier osseux », par son histoire présupposée : ‘incendie? séisme? Bref, un site encore une fois incontournable, assurément.

  2. Laurent a écrit:

    Fabuleuse histoire, merci Damien !

  3. Merci Damien pour cet article qui montre comment tu as bien compris le site.
    Il faut que tu reviennes quand tu veux, vous serez les bienvenus avec ton équipe allemande.

  4. POURCEL Christine a écrit:

    Bonjour,
    mon papa est descendu dans la grotte il y a très longtemps alors que nous venions en vacances chez la mémé à Prix (bien avant que la grotte soit ouverte au public) avec je pense (j’étais petite et la mémoire me fait défaut) un de ses cousins, Soulié, mais j’ai encore en mémoire l’émerveillement qu’il nous avait transmis en nous racontant sa visite (difficile et boueuse !); j’y suis redescendue bien souvent quand je viens en vacances à Foissac et je ne manque pas d’y envoyer tous ceux qui viennent pour la première fois dans le coin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *