La grotte de Niaux (09) – « De drôles de dessins de boeufs et de chevaux»


Ce matin, re-départ vers l’Ariège, re-rendez-vous avec Jacques Azéma sur un re-site du SESTA . Et la série des “re-” s’arrête là car c’est à la grotte de Niaux que cela se passe et que le site est absolument unique. Comme hier au Mas d’Azil, nous commençons par une discussion autour d’une table. Niaux constitue l’une des cavités ornées majeures dans le monde et l’une des très rares à être partiellement ouverte au public. La grotte, visitée depuis au moins le XVIIè siècle d’abord pour les grandes randonnées souterraines qui peuvent y être faites, a été parmi les premières grottes ornées vues. Mais pas reconnue en tant que telle. Ainsi en 1866, Félix Garrigou, archéologue local, voit les peintures du salon noir et note sur son carnet « Couloir secondaire à gauche, et à droite grand couloir terminé en rotonde. Parois avec des drôles de dessins de bœufs et de chevaux ? ? ? ? » Puis lors d’une autre visite :  « Une grande salle ronde portant de drôles de dessins. Qu’est-ce que cela ? Amateurs artistes ayant dessiné des animaux. Pourquoi cela ? Déjà vu avant. »
Ce n’est qu’en 1906 que les peintures du salon noir sont signalées à Emile Cartaihac, préhistorien à l’Université de Toulouse, qui les identifie et en entreprend l’étude avec le jeune abbé Breuil. Près de vingt ans plus tard, la traversée d’un lac en radeau permet à Joseph Mandement, conservateur de la cavité de découvrir la suite de la grotte et de nouvelles peintures (galerie Cartailhac) puis en 1949, des série d’empreintes de pas laissées par des enfants sur le sable. Enfin, en 1970 est découverte la fameuse peinture de belette, dans une galerie terminale. A l’époque magdalénienne, ces zones profondes étaient accessibles par une autre entrée. Pour le visiteur, seul le salon noir est accessible, mais il intègre l’essentiel des représentations animales de la grotte, les plus abouties. Les traces de pas sont reproduites au parc de la préhistoire de Tarascon sur Ariège où nous irons demain.

Après l’introduction théorique, il est plus que temps d’aller voir ce fameux salon noir. Nous nous engageons dans la grotte et parcourons les 700 mètres de couloirs gigantesques qui y mènent. Je ne m’étendrai pas sur la configuration géologique car les visites ne sont ici pas organisées sur ce sujet et nous retrouverons cette dimension dans quelques jours dans la grotte de Lombrives, qui fait partie du même réseau. Le salon noir est accessible en quittant le couloir principal sur la droite, dans une vaste galerie remontante. De part et d’autre de cette bifurcation, des signes géométriques ont été peints, qui ont été interprétés comme délimitant l’entrée du « sanctuaire ». Au sol de ce couloir, des gravures animales ne sont pas montrées au public. On considère que l’essentiel de celles qui existaient ont été détruites par les premiers visiteurs.

Enfin, nous arrivons. Chevaux, bisons, bouquetins, la trilogie de l’art magdalénien pyrénéen, sont partout, regroupés par panneaux. Tracés au charbon de bois puis au dioxyde de manganèse, les traits sont précis, parfaits. Les yeux, les sabots, une femelle bison qui regarde son petit, un bison qui descend une pente raide, des chevaux qui se regardent, des bisons qui semblent s’embrasser, les scènes sont magnifiques. Des signes triangulaires, des traits parfois interprétés comme des lances dans les animaux contrastent avec leur apparence paisible. Les photos, je l’espère, parlent d’elles mêmes mais pour les amateurs qui ne connaissent pas ce site, il faut absolument y aller, l’atmosphère est saisissante. D’autant que j’ai la chance d’arriver ici en tout petit groupe, ce qui donne à la salle toute sa solennité. Mais il faut vite reprendre pied: j’ai l’autorisation de travailler pendant 40 minutes, qui atteindront finalement presque une petite heure. Merci infiniment, Jacques pour votre aide qui a permis ce véritable moment de grâce. Et c’est déjà l’heure de repartir. Demain, dans la continuité de ce périple préhistorique ce seront le parc préhistorique de Tarascon sur Ariège puis la grotte de la Vache.

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