La grotte du Mas d’Azil (09) – Grivoiserie réinterprétée


Aujourd’hui commence une série de trois jours dans les grottes préhistoriques d’Ariège, dont les trois sites gérés par le conseil général par l’intermédiaire du SESTA (sites touristiques d’Ariège). C’est presque en voisin que je découvre ces sites des Pyrénées, avec pour commencer la grotte du Mas d’Azil. Autant le dire tout de suite, je ne pourrai pas dans ce blog être exhaustif quand à la richesse de ce site, qui intègre à la fois un contexte géologique spectaculaire (la seule grotte européenne a être traversée à la fois par une rivière et une route), un patrimoine archéologique unique, site habitat et d’agrégation (supersite) où a été décrit une culture paléolithique, l’Azilien, un espace muséographique sur place et un musée à voir dans le village voisin. Ouf !

Après être passé par le gigantesque porche de 70 mètres de hauteur et 50 de large où s’engouffrent donc un torrent, l’Arize, et une route construite à la fin du XIXè siècle et qui permet de rallier le village du Mas d’Azil situé à un kilomètre de là, je suis reçu au tout nouveau centre d’interprétation qui constitue la porte d’entrée vers la partie visitable de la grotte. C’est Jacques Azéma qui me reçoit. Il est historien de l’art et gère ce site et la grotte de Niaux où nous nous retrouverons demain. Il a lu le blog écrit sur la grotte de Bedeilhac et, avec le sourire, me dit qu’il va faire attention à ce qu’il dit. Bonne nouvelle, ce blog est lu ! Il commence par me raconter le site et son histoire. Le site a été habité par l’homme moderne depuis l’Aurignacien, il y a 30 000 ans. Dés les premiers travaux d’aménagement de la route en 1857, les découvertes archéologiques commencent. A partir de là, et presque sans interruption, le site sera abondamment fouillé et étudié, ce qui sera aussi très destructeur.

A la fin du XIXè, les fouilles de Edouard Piette sur la rive gauche de la rivière mettent à jour une grande quantité d’objets (microlithes, harpons, galets peints), qui témoignent d’une industrie culturelle inconnue jusqu’alors. Elle va combler le hiatus entre le Paléolithique supérieur et le Néolithique, et logiquement sera nommée « Azilien ». De nombreux objets sont trouvés, et encore plus sont confectionnés par les ouvriers du chantier, qui les revendent aux collectionneurs. Les hommes de l’Azilien vivaient il y a environ 10 000 ans. Ils ont vécu la transition climatique entre la dernière période glaciaire et notre interglaciaire. Ils ont vécu à l’abri du porche, sur des terrasses situées en rive gauche de la rivière et exposées plein sud. Le site parfait. Le climat était devenu plus humide, tempéré, ils pêchaient des salmonidés dans la rivière et chassaient avec des arcs, arme récemment inventée. Les galets peints de points et de motifs rouges, toujours mystérieux, illustrent le passage d’un art figuratif magdalénien à un art non figuratif. Le changement des conditions environnementales est matérialisé par les bois de cerfs qui ont succédé à ceux des rennes.

Cette civilisation azilienne succède à celle des Magdaléniens, qui auparavant, il y a environ 13-14 000 ans, avaient aussi abondamment occupé le site. Mais plus en retrait dans la grotte, rive droite. Là, alors que le climat dehors était plus froid, ils trouvaient des conditions plus tempérées. Ici encore, le site est extrêmement riche, même si tout cela n’est pas vraiment visible pendant la visite : les galeries ornées sont fermées au public et les terrasses d’habitat en cours de fouille ne sont pas vraiment spectaculaires. Mais la quantité d’objets trouvés ici justifie la visite : a notamment été trouvé le fameux propulseur dit du faon et l’oiseau. Jacques Azéma m’explique que l’explication grivoise initiale a été réinterprétée. A l’époque de la découverte, il a été dit que la sculpture représentait un faon en train de déféquer et un oiseau picorant le boudin. Hmm. Depuis, on a réalisé qu’un animal se regarde rarement déféquer et que de plus un faon ne fait pas de boudins mais de petites boulettes. Il s’agit donc beaucoup plus probablement d’une femelle isard mettant bas, le « boudin » correspondant à la poche placentaire. Pour le reste, des centaines d’autres objets sculptés, gravés, et témoignant d’une grande maîtrise artistique, ont été ici découverts. Des répliques sont visibles au musée de la préhistoire du village qui complète la visite. Pour les originaux, il vous faudra aller jusqu’au musée de Saint-Germain-en-Laye. Tous ces objets montrent qu’au Magdalénien, le Mas d’azil a constitué l’un des trois site français dits « d’agrégation » (avec Isturitz et Laugerie en Dordogne), où de manière saisonnière des hommes venus de plusieurs régions différentes se regroupaient. Il faudrait aussi que je vous parle de Magda, la jeune fille dont le crâne a été découvert ici et qui a aussi fait couler beaucoup d’encre chez les préhistoriens, mais l’exercice quotidien du blog a des limites physiques, précisément ici atteintes…

La visite touristique consiste en une succession de salles : la salle Piette (celle du campement magdalénien), la salle du temple (nommée ainsi pour avoir abrité plusieurs centaines de protestants pendant les guerres de religion), la salle Devotine, la galerie des ours et le pont du diable avec une vue surréaliste sur la route en contrebas. L’éclairage tout neuf est, disons, très coloré. L’espace d’interprétation sur place et le musée voisins sont super et il y a de quoi passer une journée ici, pour traverser les millénaires en même temps que la montagne. Merci Jacques pour votre accueil et à demain à Niaux. Ich freue mich !

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Une réaction à La grotte du Mas d’Azil (09) – Grivoiserie réinterprétée

  1. desgrippes bernard a écrit:

    Fabuleux! Voilà un site qui fait aimer grottes et sites préhistoriques!!! Merci Damien.

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