La grotte de Bétharram (65) – La fée Ross (désolé)


Comme pour beaucoup des grottes pyrénéennes, j’ai fait l’aller-retour à Betharram dans la journée et n’ai pas eu le temps d’écrire le soir en rentrant à la maison. Ce post n’est donc pas réellement un billet du jour. Mais je vais essayer de puiser dans mes souvenirs. De part sa proximité avec Lourdes et ses millions de visiteurs annuels, Betharram est une institution du tourisme souterrain. J’y ai été reçu par le Directeur et propriétaire de la grotte, Albert Ross, arrière petit fils du premier aménageur du site, Léon Ross, artiste peintre et photographe. Il représente donc la quatrième génération de Ross à la tête de Bétharram. La grotte a été découverte en 1819 par un grognard de Napoléon puis explorée par les spéléologues et naturalistes de à la fin du XIXè siècle. Dès 1903, pour l’ouverture officielle au public, la grotte est électrifiée par l’usine électrique que Léon Ross construit sur le gave de Pau. Sur le trajet de la ligne électrique, il propose la découverte de la fée électricité aux habitants en leur fournissant gracieusement pendant un an ampoules et électricité. Très rapidement, le site devient incontournable pour les pèlerins de Lourdes. En 1973 est aménagé le train électrique ce qui donne un trajet complet à pied, en drakkar ( !) puis la sortie en train.

Après l’entretien avec Albert Ross, que je retrouverai à la sortie pour le photographier, je pars sous terre avec Camille Mancuso, qui réalise sa troisième saison de guide. Il m’assistera presque toute la journée pour les photos. Dans un premier temps, nous repérons l’ensemble du parcours. Le premier niveau est entièrement fossile et montre en particulier le plus beau lapiaz de voûte que j’aie jamais vu. Un lapiaz de voûte, kesako ? Lecteurs assidus de ce blog, vous savez maintenant que lapiaz est le paysage typique de surface des régions karstiques, où la roche calcaire est soluble sous l’action de l’eau de pluie: formes arrondies, fissures élargies, lames d’érosion etc. Quand ces formes se retrouvent au plafond des grottes, où bien sûr elles n’ont pas été créées par l’eau de pluie, elles sont “à l’envers”. Ici le creusement s’effectue du bas vers le haut. Ce phénomène se produit quand une grotte est totalement remplie de sédiments et que l’eau qui arrive par le plafond coule entre la roche et l’argile. Elle va forcer le passage en dissolvant le calcaire au dessus d’elle. Puis de nouveaux sédiments arrivent qui comblent l’espace créé. Et de nouveau l’eau doit creuser vers le haut pour pouvoir passer. Au final, ces structures de dissolution peuvent remonter sur plusieurs dizaines de centimètres. Puis l’enfoncement du réseau ou l’augmentation de la force de l’eau vide la grotte de ses sédiments, dont la présence passée ne sera trahie que par ces lapiaz et chenaux de voûte. A Bétharram, non seulement le lapiaz au plafond est somptueux, mais sur le parcours de visite, il est possible de voir des poches d’argiles qui sont restées piégées au plafond.

Puis un grand escalier permet de descendre quatre vingt mètres au dessous, dans les galeries actives où la rivière coule toujours. Ici les galeries se verticalisent et les parois montrent toute la panoplie des formes laissées après le passage de l’eau. Le commentaire en neuf langues n’est pas extrêmement orienté sur l’aspect scientifique, qui ne correspond pas à la demande moyenne des touristes qui viennent ici. Mais avec un bon guide entre les mains, il sera parfaitement possible de faire à Bétharram un très beau voyage au pays des karsts…

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2 réactions à La grotte de Bétharram (65) – La fée Ross (désolé)

  1. Laurent a écrit:

    Merci Damien pour cette très belle (et instructive) escapade au pays des karsts !

  2. desgrippes bernard a écrit:

    Mis à part les superbes lapiaz qui ornent la nue de la grotte, je ne suis pas emballé par cette grotte qui doit probablement sa forte fréquentation touristique à sa proximité de Lourdes.

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