La grotte de Tourtoirac (24) – Hommage aux plongeurs

Dernière journée de la semaine avant de rentrer dans les Pyrénées, je n’ai aucune idée de ce que je vais trouver à Tourtoirac. J’ai simplement parcouru le site web qui annonce « la perle géologique de la Dordogne ». Je sais quand même que le site est à 100 % accessible aux fauteuils roulants, ce qui à ma connaissance est unique en France pour les grottes. J’arrive donc à la mairie à 10 heures, où je suis reçu par Christelle Journiac, adjointe administratif et régisseur de la grotte. Nous nous asseyons et je commence à poser les questions d’usage. La grotte étant ouverte depuis 2010 seulement, nous commençons par l’historique. Et puis tout bascule. Elle m’apprend que la grotte a été découverte en 1995 par une plongeur spéléo, Jean-Luc Sirieix après le passage en solitaire d’un siphon qu’il avait été le premier à forcer. Il a donc été le premier à voir la merveilleuse galerie qui se cachait derrière. A son retour, il écrit un très beau compte rendu d’exploration: il avait fait la découverte de sa vie. Un extrait de ce texte est diffusé au public à son arrivée dans la galerie. Une semaine après la première, Jean-Luc revient avec quelques amis, moins expérimentés que lui. Lors de la plongée de retour vers la sortie, un accident se produit dans lequel Jean-Luc et une plongeuse perdent la vie.

Personnellement je ne suis pas plongeur spéléo, c’est la limite du risque que je me suis donnée. Mais il y a quelques années, lors du blocage au fond du gouffre Romy derrière un siphon à 700 mètres de profondeur, savoir que de tels types existent nous a permis de ne pas perdre espoir: quelqu’un allait venir! Finalement, au bout de 72 heures, comme l’eau avait suffisamment baissé nous avons pu passer par nos propres moyens. En remontant, nous avons croisé l’équipe de plongeurs venus nous secourir. Je garde cette rencontre bien au chaud dans ma mémoire: j’aime les plongeurs spéléos…

Aujourd’hui ouverte au public sous l’impulsion de la famille de Jean-Luc Siriex et de la municipalité, la grotte de Tourtoirac est fantastique. Sa configuration est relativement simple: le cheminement s’effectue dans une galerie de la taille d’un tunnel de métro. Celle-ci se développe dans un calcaire marneux (argileux) dans lequel la rivière a creusé un passage. Puis ce vide a créé un appel dans lequel s’est effondré la voûte. Après plusieurs séries d’effondrements (les blocs sont bien visibles au sol), la galerie a atteint son profil d’équilibre. Ensuite s’est développé un concrétionnement très riche et pur. La grotte ayant eu la chance de n’être découverte et aménagée que récemment, elle a bénéficié des expériences malheureuses du passé. Du sol au plafond, tout a été protégé. Des éclairages à leds sont utilisés pour baliser le cheminement ce qui permet de progresser dans la pénombre. Et cela autorise de jouer avec cette obscurité pour conserver une magnifique ambiance souterraine et, par des jeux d’éclairages, faire ressortir la pureté des concrétions. Parfois les passerelles lévitent entre le chaos de blocs du sol et les plafonds ornés d’excentriques et de fistuleuses. Plus qu’ailleurs les sensations sont très souterraines, proches de celles ressenties en spéléologie. Pour les grottes qui réfléchissent à une remise en éclairage de leurs sites, Tourtoirac est un modèle de ce qui peut se faire aujourd’hui en aménageant et préservant l’environnement souterrain.

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Une réaction à La grotte de Tourtoirac (24) – Hommage aux plongeurs

  1. desgrippes bernard a écrit:

    Extraordinaire histoire que la découverte de cette grotte fantastique. Magnifiques concrétions, belles proportions, bel exemple récent de mise en valeur d’un site naturel.
    A voir absolument!

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