Les grottes de Villars (24) – « Si ça ne marche pas, on est ruinés ».


Très belle journée à la grotte de Villars. Accueilli ce matin par Catherine Birckel-Versaveaud et son père, Hubert Versaveaud, nous sommes entrés tout de suite dans l’historique du site. En 1953, la grotte a été découverte par les spéléologues du club de Périgueux sur les terres du père d’Hubert, agriculteur. Ceux-ci, en prospection classique avaient été attirés par la vapeur qui sortait du sol lors d’une journée froide. Signe d’un courant d’air chaud et donc d’un grand volume. En 1858, leurs explorations les menèrent jusqu’à la zone des peintures préhistoriques. La suite est bien vivante dans la mémoire d’Hubert qui avait 4 ans en 1953. Son père décida aussitôt d’ouvrir le site aux touristes et mena les aménagements en un temps record : dès 1959, la grotte était ouverte. Pionnier du tourisme, Hubert se souvient de son père disant à table « si ça ne marche pas, on est ruinés. On est à la rue ». Et heureusement ça a marché ! En 1991, Hubert, alors à la tête d’une entreprise de travaux publics, prend la relève de ses parents avec sa femme. Il a modernisé l’aménagement, refait l’électricité, et construit les bâtiments de surface. Aujourd’hui, s’il est toujours très actif (il a réalisé le jardin préhistorique ouvert l’an dernier), doucement il passe la main à la troisième génération. Mais s’il est un jour où j’ai vu l’amour d’une grotte briller dans les yeux d’un homme, c’est aujourd’hui.

Et elle le mérite cette grotte. Je pensais venir pour voir des peintures préhistoriques et en réalité c’est dans une féerie de calcite et de planchers suspendus que se passe l’essentiel de la visite. De plus, dans un souci constant de préservation de ce patrimoine, les stations de météorologie souterraines en place montrent que le CNRS (Dominique Genty) travaille ici. Carottages dans la calcite, analyses des isotopes de l’oxygène et des pollens pour étudier les variations du climat, les résultats de ces travaux sont résumés dans le petit musée visible dans le bâtiment de la billetterie. Ici seront aussi visibles les restes laissés par les « artistes » préhistoriques.

En réalité, l’adjectif « artistique » est assez exagéré pour décrire les peintures visibles à la fin de la visite. Mais tout de même, malgré un contour parfois approximatif, les animaux sont bien reconnaissables et les hommes qui il y a environ 19000 ans sont venus les peindre ont parcouru environ 200 mètres sous terre pour créer ce sanctuaire. Bisons, chevaux, bouquetins (sans corne), les animaux représentés sont classiques. Ce qui l’est beaucoup moins sont leurs attitudes, toujours en action. Cheval qui court, bison qui semble charger un homme – parce-que oui, ici est visible une exceptionnelle représentation humaine, qui fait face au bison. C’est qu’ils n’avaient pas toujours la vie facile, ces hommes. Quel contraste avec les attitudes paisibles des animaux de Font-de-Gaume. Comme souvent, le relief de la grotte a été utilisé. Un spectaculaire cheval a été représenté simplement par deux traits (dos et ventre) qui prolongent une tête sortie de la paroi. La couche de calcite qui protège les peintures a masqué le noir d’origine et donné une teinte bleutée qui ajoute encore à l’émotion produite par l’ensemble.

Et en surface, un jardin préhistoriques, des ateliers de peinture ou de lancer de sagaie avec propulseur constitue un très bon complément à la visite, toujours dans le souci de valoriser ce patrimoine exceptionnel. Un modèle la grotte de Villars ? Elle mérite d’y regarder de près, pour le public évidemment, mais aussi pour les professionnels du tourisme de nature qui cherchent des exemples. Pour finir, un coup de casque spécial à Catherine qui, alors qu’à l’extérieur le soleil illuminait le parc, m’a assisté tout l’après midi dans une longue et fraîche séance photo…

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