Les grottes de la Marche et des Fadets (86) – Rasage au silex


Grosse journée après celle de repos en Normandie hier : départ à six heures ce matin pour Lussac-les-Châteaux. Là j’ai visité le musée préhistorique de la Sabline, puis les (petites) grottes des Fadets et de la Marche. Puis encore une 1h30 de route pour rallier Piegut-Pluviers (Dordogne) où j’ai réservé une chambre pour deux ou trois nuits. Arrivé sur place à 18h30, accueilli par les hôtes néerlandais avec une bière, me voilà tout prêt à écrire. Enfin pas trop longtemps…

Donc Lussac-les-Châteaux. J’y ai été reçu par Florence Bougnoteau, historienne de l’art, et qui dirige le musée de la préhistoire dont elle a mené la rénovation. Ouvert en 2010, il raconte une belle et longue histoire. Lussac-les-Châteaux a constitué un site préférentiel d’habitat depuis près de 60 000 ans avec Néanderthal. Mais l’essentiel des sites du secteur sont datés entre –25 000 (Gravettien) et –10 000 ans (Azilien), avec une occupation quasi continue qui en fait un secteur exceptionnel pour l’étude de l’évolution des modes de vie. Pourquoi cette occupation continue ? Probablement car les sites refuges (essentiellement des abris sous roches) offraient la proximité d’une rivière associée à une belle exposition plein sud, idéale en périodes froides. Il est ici particulièrement intéressant d’étudier l’évolution des modes de vie et de constater combien elles sont inféodées aux variations climatiques du quaternaire. L’exemple parfait est la transition Magdalenien (env –15 000) – Azilien (-10 000) qui voit un interglaciaire succéder à une période glaciaire et un bouleversement écologique majeur. Les rennes disparaissent, la steppe se transforme en forêt, la nourriture se fait plus abondante. Les hommes inventent l’arc et du nomadisme qu’imposait le suivi des troupeaux de rennes, ils débutent la sédentarisation. Ici peut être étudiée l’amorce de la révolution néolithique.

Le deuxième grand intérêt de Lussac sont les gravures sur plaques et plaquettes qui ont été retrouvées par centaines. Dans la grotte de la Marche avant les fouilles, elles formaient un véritable dallage. Ces plaques représentent des rennes, des bisons et même des félins. Mais surtout il y a des dizaines de représentations humaines. Ce type de représentations détaillées et figuratives sont très rares. Des corps entiers, nus, habillés, d’hommes, de femmes jusqu’au nouveau né, dansant, avec des bandeaux, des foulards pour les femmes, jusqu’aux moustaches ou le bouc pour certains hommes (y a-t-il dans la salle un archéologue volontaire pour expérimenter le rasage au silex?). On est très très loin de la représentation classique du Cro-Magnon…

Le musée de la Sabline est très bien fait. Il permet, grâce à des reproductions d’outils, de s’essayer par exemple au raclage des peaux. Ensuite les vitrines en regard montrent la spectaculaire évolution de la taille des os et des silex au cours des millénaires. Un autre espace raconte la vie des hommes de l’Azilien. Enfin la dernière partie présente les gravures, sur des pièces originales, des reconstitutions et des interprétations animées. Les visiteurs sont invités à modifier les directions des éclairages afin de lire les gravures. L’ensemble est très interactif et réussi.

En fin de matinée, nous nous dirigeons vers les deux grottes visitables par le public. Pour être honnête, l’essentiel des émotions préhistoriques sont derrière moi. Sur place, après des fouilles très précoces et donc destructrices, il n’y a plus grand chose à voir. A part que… c’est toujours bon d’aller sous terre et que sur place on prend la dimension des sites, de leur proximité entre eux et de leur position stratégique (soleil et eau). Il est aussi possible de voir pourquoi il était ici très difficile de graver ou peindre sur les parois : le calcaire est très irrégulier, plein de rognons de silex et n’offre pas de surfaces lisses ou même lissables. C’est peut-être l’explication du développement des dessins sur plaques de pierre. Florence me montre les emplacements des foyers, tout ce qui peut être lu sur le site, puis me laisse pour aller déjeuner. Je ne la laisse pas partir avant de la photographier avec la sagaie que je lui ai fait emmener sur place. Et je crois qu’elle me l’aurait bien envoyée dans le D800, la sagaie…

Sinon les sites sont classés en abris sous roche mais ce sont de véritables (certes petites) grottes. L’eau a bien creusé ici des galeries qui se rejoignent pour former les petites salles. C’est un peu arbitraire mais mon terrain d’action est souterrain et cette différence grottes/abris sous roches aura un rôle important lors de la sélection finale des sites.

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Une réaction à Les grottes de la Marche et des Fadets (86) – Rasage au silex

  1. desgrippes bernard a écrit:

    Avec ce reportage circonstancié, nous sommes plus dans l’histoire des hommes que dans celle de l’eau. Intéressant tout de même.

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